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Retour au forum Permis de se soûler

Souvenirs d'alcoolisation dangereuse

Le 30 avril 2009 à 22:05 Répondre
j'ai 38 ans. à 13 ans j'ai eu un coma éthylique sans passage à l'hôpital. Une semaine pour récupérer.
L'alcool facile à acheter en 1984-87 permettait aux jeunes de boire jusqu'à perdre tout sens du danger, de la décence. Des amies ont perdu leur pucelage sans savoir qui était leur partenaire, je me suis réveillé dans des lits de femmes sans même savoir leur nom. On a cassé des rétroviseurs, tourné des panneaux de signalisation, fait des sottises absurdes, voire dangereuses. On a faillit violer une de nos amies, tellement on avait perdu le nord et elle était écroulée, inerte.
Ma consommation a augmenté vers 18-19 ans, jusqu'à devenir un alcoolisme grave, avec antabuse, anxiolytiques, plusieurs tentamens (jamais à jeun). Les dettes s'accumulent, les amis s'en vont, contrat de travail rompu, chômage, déchéance, puis AI. Je m'en suis sorti par chance, et aujourd'hui j'ai accepté et renoncé à consommer tout alcool.

Tant de choses perdues, de risques inutiles (conduire avec 2.4/1000 (arrêté par la gendarmerie, heureusement).

Mes amis alcooliques de l'époque sont pas tous sobres, certains sont devenus des ivrognes, voire SDF, quelques-uns sont décédés (alcool, drogue, risques).

Il faut vraiment informer les parents, les jeunes, les enseignants, tous les professionnels en mesure d'obtenir une écoute, capter leur attention, pour prévenir cette épouvantable chute, dont certains ne se remettent pas, sous le regard impuissant de ceux qui les aiment.

Bonne chance à tous.

8 réponses
Le 30 avril 2009 à 22:10 Répondre
Et les parents, dans tout cela. Ont-ils déceler la longue descente aux "enfers" ? Ont-ils pu vous aider ? Ont-ils été culpabilisés par les professionnels ? Est-ce que ce chemin vous a rapproché ou éloigné ?
Le 30 avril 2009 à 22:33 Répondre
éh bé!!!! parlant ce petit compte rendu!!! FELICITATION dans ce chemin de renaissance ou la vigilance et en permanence du quotidien! comme je l'ai dit plus haut: se respecter et cesser de meurtrir notre corps est chose difficile de nos jours, surtout quand l organisme est impuissant face au produit!
De retrouver dynamisme, joie de vivre ( pas tous les jours facile) et de se sentir vivant est la plus belle richesse de nous même!
Bien sur que cela ne se fait pas tout seul et que nous somme que des humains avec nos forces et fragilités! la renaissance est difficile, il faut affronter le système, car jusqu au dernier souffle nous sommes confronter a vivre avec cela!
Bonne chance, courage et prends soin de toi. tout mon respect
Le 1 mai 2009 à 20:23 Répondre
@Anonyme ("anonyme")
les parents, ... quand il sont là. Ma mère était absente, toute à ses histoires d'amour foireuses. J'étais un ado sans encadrement, livré à lui-même, complexé et malheureux.
L'alcool m'a donné une fausse sensation de courage, de joie feinte. Une fois j'ai eu un bête accident lié à l'alcoolisation, je me suis assommé contre une vitre, ne l'ayant pas vue. Ayant une forte commotion, je suis allé à l'hôpital, seul. On m'a pesé, 54 kilos pour 178 cm, sous-alimenté, je ne faisais plus que boire, et parfois manger une tranche de pain, et gros fumeur, 2 paquets par jour, des fortes. On m'a trouvé une gastrite aiguë, sous-alimentation et dépression. Ma mère a été appelée par l'hôpital, elle disait tout ignorer, forcément, elle était jamais à la maison. Si le médecin lui a fait peur, elle n'a pas changé de comportement, et je me suis retrouvé à devoir décider de me prendre en main, trouver un apprentissage (le premier a été abandonné), faire un CFC, puis on verra.

Le hic c'est que après le CFC, il y a eu l'armée. Et s'il était un endroit où tous les excès étaient pratiqués c'était là. Les non fumeurs se mettaient à fumer, y compris des joints (pas moi, allergique), et les cuites se succédaient, avec les accidents aussi. L'année d'avant, un équipe de suisse-alémanique bourrés a soulevé le lit sur lequel dormait une recrue mal-aimée, l'a porté à travers la chambre avant de lancer le tout, une chute de 3 étages, un mort.

Le seul moyen d'aider un peu ces jeunes à passer le cap difficile de l'adolescence c'est l'information, le dialogue, l'AUTORITE et la confiance.

Nos jeunes peuvent souffrir lorsque nos règles sont floues, notre dialogue inexistant, notre écoute nulle, et comment avoir envie d'obéir à des parents lorsque ceux-ci sont parfois totalement à côté de la plaque dans leur vie, leur couple... L'envie consciente ou pas de se détruire, cette fascination morbide pour l'interdit, le danger, la souffrance infligée à soi-même au nom d'une pseudo gloire de carnaval sont des symptômes d'immense souffrance. Parent c'est plus que copuler et pondre son petit 9 mois après et le nourrir. C'est une responsabilité à vie, et ceci implique que l'on s'intéresse, que l'on cherche à comprendre, quitte à chercher de l'aide auprès de spécialistes, sans honte, bien au contraire.

Si les parents assument, sont présents, responsables et rassurants (règles, autorité, soutient, aide, écoute) il est possible que les "mauvais côté" de notre société ne les attireront pas.

Un ado heureux ne se tue pas symboliquement, ou réellement.

Le fait de savoir que nous pouvons compter sur nos parents malgré le fait qu'ils soient faillibles, parfois fragiles, juste à la hauteur, pourrait aussi faire du bien.

Je dirais aussi que tant qu'il y a de la vie, une once d'intelligence, un poil de dialogue, tout est possible.

J'en suis une preuve vivante, et heureuse.

Il m'aura fallu des années pour devenir adulte, et accepter que je n'étais pas obligé de me faire mal pour avoir le droit de vivre, et aujourd'hui, j'ai un job que j'aime, une femme adorable et deux petits bouts d'choux impayables et visiblement heureux :-P

Mes amis savent que je ne bois pas, et ça force leur admiration, par conséquent, je suis toujours à l'aise avec eux.

Pourtant on fait de "puissantes" fêtes, des nouvel-ans, anniversaires etc... mais je fais autant le fou que les autres, je me fends la poire, déconne et rigole avec tous, mort de rire, et sobre!
Le 1 mai 2009 à 20:30 Répondre
@sijavaissu
merci c'est sympa, je prends bien soin de moi, et surtout des miens comme on dit.

Mes enfants sont une source intense de joie sans cesse renouvelée, et ma femme est un rayon de soleil, toujours souriante, pimpante et chaleureuse. Elle m'apporte beaucoup de tendresse, d'amour et d'écoute, et de mon côté je lui apporte également ce que j'ai de meilleur.

Ce qui m'a aidé au début de notre relation c'est sa qualité d'écoute, sa tolérance, sa volonté de comprendre, son ouverture à la différence (elle ignorait que ce genre de parcours de vie existe en dehors d'Hollywood).

Avant de la connaître je pensais n'avoir aucune valeur, être un raté, un homme-déchet, juste bon à se saouler et attendre la fin, et regrettant à chaque fois le moment du réveil... lorsque la conscience revient, et que l'on se rend compte de la M... dans laquelle on est. Je pensais sincèrement être "foutu", en 2001 j'ai tenté d'en finir, et au CHUV on m'a sauvé de justesse. 8 ans après je ne regrette pas d'avoir eu cette deuxième chance.

Il m'arrive de me réveiller le matin, et de m'émerveiller en voyant ma petite femme dormir à mes côté, puis je regarde l'appartement, je pense à mes enfants qui dorment, au confort financier, à mon job que j'aime beaucoup, à mes amis, jusqu'à cette voiture que j'aime conduire pour aller au boulot.

Si on m'avais dit à 17 ans, un jour tu seras papa, marié, heureux et bien intégré dans une belle région, avec un métier intéressant et stimulant, j'aurais hurlé de rire.
Le 5 mai 2009 à 1:31 Répondre
Merci pour votre témoignage... il est non seulement touchant et encourageant, mais en plus, tellement utile. Toutes les théories du monde ne font pas le poids comparativement à des mots venant d'un vécu. Quand on ressent du vrai dans un écrit, c'est si différent...

Je suis éduc dans un foyer pour jeunes délinquants et en espérant que cela ne vous choque pas, je crois que je vais faire partager à nos jeunes votre témoignage.

Merci et salutations
Le 8 mai 2009 à 19:50 Répondre
Bonjour,
je vous réponds un peu tardivement, et suis bien heureux si ces quelques lignes peuvent apporter matière à réflexion à de jeunes délinquants.

C'est si dur d'être à l'aube de la vie et de se sentir mal parti, rejeté, indésirable et probablement sans avenir.

Etre "no-future", voler et mentir, souvent frapper les autres ou être soi-même frappé, avoir des relations conflictuelles avec ses proches, vivre l'échec au quotidien (ou presque) c'est une immense souffrance.

Ce qui compte c'est qu'ils sachent que rien ne permet d'affirmer qu'ils sont "foutus", trop "mal partis".

A moins qu'un diagnostic psychiatrique "condamne" le jeune parce qu'il a des tendances psychopathe, ou une pathologie rendant impossible son intégration sociale, ou un déficit intellectuel grave, ou encore une addiction à des substances psychotropes, tout est possible.

j'ais envie de dire à ces jeunes:
"vous avez tout en vous pour réussir, simplement vous ne le savez pas".

Cette phrase m'a été dite par un ami de Grandvau, le professeur Eric Emeri, écrivain à ses heures et défenseur de la richesse cachée au creux de l'individu.

Dire à un jeune, avec conviction, qu'il a tout en lui pour réussir n'est pas un mensonge, c'est une manière de lui faire prendre conscience de son pouvoir sur son existence.

Lorsqu'on est en rupture, on pense que les autres sont responsable de notre malheur, et que si les autres ne font rien, on va rester comme on est.

Le jeune qui ne crois pas en lui, manifestant sa "résistance et sa volonté" au travers de comportements de petite frappe ou de caïd d'opérette, ignore que son comportement est une réaction liée à sa détresse.

Si mes mots sont exempts de toute connotation religieuse, c'est que comme l'ami très âgé aujourd'hui qui fut mon tuteur de résilience (grâce à qui j'ai pu rencontrer Boris Cyrulnick à Crêt Bérard), je ne suis pas convaincu que les textes religieux "inertes" aient un rôle constructif à jouer dans la situations que vivent ces jeunes. Contrairement à des individus qui leur parlent, les écoutent, leur apprennent les limites, les encouragent aussi, et les consolent parfois.

Ce dont ils ont besoin c'est que l'on croie en eux, qu'ils puissent le sentir.

Ils ont besoin d'avoir des buts, et un but autre que celui d'avoir une grosse voiture ou un Iphone. Je parle de buts existentiels.

Apprendre à lire pour ceux qui ne savent pas le faire, apprendre à exprimer les émotions, à identifier la montée de la colère, à dire les choses sans jugement, en parlant des faits.

Apprendre la tolérance, accepter la différence pour espérer être accepté.

C'est aussi apprendre à se fixer des petits objectifs, en sachant qu'en les atteignant ils deviennent un peu plus maître de leur vie, pour une partie au moins.

Il me paraît aussi important qu'ils sachent que les rêves trop beaux, trop grands font le lit de leur désespoir.

Apprendre à avoir des rêves "réalisables sans passer par Hollywood".

Je serais curieux de découvrir ce foyer, et d'en rencontre les résidents, pour autant que cela ne soit pas contre-indiqué.

si vous souhaitez me contacter je vous propose une adresse anonyme: astalavistabeback@hotmail.com

Avec mes meilleures salutations.

Patch

Le 12 mai 2009 à 6:38 Répondre
Bonjour "Patch",

Merci pour une fois encore votre sérieuse et longue réponse. Les mots que vous utilisez me parlent tout particulièrement et sont tout à fait pertinents par rapport à la réalité que traverse nos jeunes.

Je prends bien note de votre adresse e-mail et vous recontacterai prochainement... car oui, votre témoignage aurait certainement bien de la valeur.

Meilleures salutations
Le 14 mai 2009 à 18:08 Répondre
@Anonyme ("Anonyme")
A disposition, c'est toujours réparateur pour celui qui témoigne et instructif et probablement touchant pour les participants.

Je surveillerai mon mail, promis.
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