J?ai été très ému par le reportage (j'ai pleuré) et je suis très content de l?avoir vu, car je vis avec mon plus jeune fils (j?en ai trois : Benoît, 20 ans, Guillaume, 19 ans et Julien, 17 ans), qui a annoncé son homosexualité à 15 ans, une situation très semblable à celles des parents de ce reportage, sauf que je suis un père seul. Mon fils Julien est très semblable à Lucien du reportage, que je félicite pour son équilibre et son courage. Mais Julien est plus provocateur que Lucien. Julien est volontiers anti-conformiste, p. ex. dans ses tenues vestimentaires. Il a voulu mettre sur facebook des photos de lui et de son copain s'embrassant. J'ai quand même eu un choc en les voyant. Maintenant qu?il a 17 ans, on sait dans son école qu?il a un copain et qu?il veut vivre sa différence au grand jour. Il veut le dire. Il a subi des discriminations. Dans le cours de gym, le prof. l'a obligé à prendre sa douche à part des autres garçons de sa classe. Julien est revenu en pleurent car cela a créé chez lui un problème supplémentaire : celui de l'identité sexuelle. Il n'a pas de problème avec son corps de garçon, bien au contraire il est fier d'être un beau garçon et met volontiers en valeur son physique (parfois un peu trop à mon goût). Je suis allé trouver le prof. qui m'a dit qu'il avait écarté Julien du groupe pour la même raison que l'on sépare les filles des garçons. Il a ajouté qu'il ne pouvait tout de même pas faire un cours spécial pour des garçons comme Julien. Il a développé toute une théorie en prenant comme argument de la différence de Julien le fait qu'il a une pilosité très peu développée. D'après lui, c'était le signe d'une anomalie hormonale. J'ai eu aussi des remarques blessantes venant de membres de ma famille, qui est assez bourgeoise. Un oncle m?a dit que j?avais eu un fils de trop et qu?il aurait mieux valu que Julien soit une fille ou qu?il ne soit pas né. Mais Julien est un enfant que nous avons désiré. Si nous avions su à l'avance que l'enfant qui allait naître serait un garçon homosexuel, nous n'aurions rien fait pour qu'il ne naisse pas. Une cousine a interdit à son fils de fréquenter Julien, car elle a peur de ce qui pourrait arriver : voilà son expression. Elle a même ajouté des détails qui m?ont fait très mal. Mais j?aime Julien comme il est. Son homosexualité ne change rien pour moi. La meilleure compréhension vient des filles de sa classe, mais les autres garçons sont parfois très cruels avec lui. C?est un garçon très très sensible, très gentil et très intelligent, mais j?ai peur pour sa dernière année de Lycée et pour son avenir. Il veut faire les mêmes études que moi (la philologique classique), car il est passionné par le latin et le grec ancien. Ses deux frères sont parfois jaloux, car ils disent que je préfère Julien à eux. Tout cela est très compliqué pour moi et j?aimerais rencontrer des parents qui vivent une situation analogue pour voir comment ils réagissent parce que parfois c'est très difficile de réagir correctement. Je donne un exemple : Julien et son ami ont voulu cet été visiter Rome. J'ai dit oui, mais je les ai accompagnés en leur disant et que pourrais les guider et qu'ils pourraient avoir sur place autant de moments de liberté qu'ils le voudraient. A la fin de la première semaine, Julien m'a reproché d'être un hypocrite et d'être venu pour les espionner parce que j'avais peur que leur comportement ne soit pas adéquat. Il m'a dit ceci : "tu as peur sans doute que l'on s'embrasse sous la fenêtre du pape et que l'on soit embarqués par la police et que tu sois inquiété parce qu'on est mineurs. Tu as peur pour ta réputation de professeur d'université bien pensant et conformiste dans ton petit milieu mesquin d'hétéros et de cathos refoulés". Voilà ce que mon fils m'a dit. Et c'est un peu vrai. Même moi, j'ai des préjugés. Julien me demande tout le temps de lui faire confiance. Si des parents peuvent me donner des témoignages, je serais content, car Julien traverse une phase très difficile et c'est très difficile de l'accompagner.