Sans revenir sur le fond du reportage, qui présente des situations révoltantes, je m'interroge sur un certain nombre de partis-pris de ce reportage, qui me dérangent beaucoup. J'y retrouve un discours de militant, pas de journaliste. Quelques exemples:
1. Le procès: ce reportage n'est qu'à charge. A aucun moment n'est abordé le travail centenaire des éleveurs pour maintenir et sauver certaines races. Les Saint-Bernard existeraient-ils toujours sans le travail des éleveurs pour maintenir la race?
2. La lapidation: dans ce reportage, on tempête haut et fort contre les chiens à pedigree, en généralisant sur tous les plans. Si on résume l'argumentation développée on arrive à ceci: chiens à pedigree = chiens consanguins = chiens malades, le tout par la faute des éleveurs. Je me permets de nuancer. On oppose en général un chien à pedigree à un chien "sans papier". Or, le pedigree est justement ce qui permet de remonter l'arbre généalogique du chien (et donc dans certains cas de mettre en évidence une certaine consanguinité). Ces pedigree sont officiels et contrôlés. Evidemment, dans ce cas, l'amalgame pedigree=consanguinité quand un journaliste fait mal son boulot est facile. Dans le cas d'un chien sans papier, donc sans pedigree certifié, il est impossible d'être certain de ses ascendants. Dans ce cas, la consanguinité n'existe pas... puisqu'elle est impossible à déceler. Il est donc bien plus facile de traiter de la consanguinité chez les chiens à pedigree que chez les chiens sans papiers (qu'ils soient bâtards ou "pure race"). Merci le travail de journalisme...
3. Le soupçon: je me demande pourquoi la TSR nous diffuse un reportage anglais, ne traitant que de chiens anglais, au lieu de se mettre au travail et de réaliser une enquête en Suisse, avec la rigueur à laquelle Temps Présent nous a habitué. Diffuser ce reportage, sans aucun commentaire derrière est très léger de la part de la TSR. Je me demande, par exemple, sachant que l'Angleterre est une île, dans laquelle l'importation de chiens étrangers est très difficile (pour éviter l'importation de la rage, semble-t-il), limite rédhibitoire quand on est un éleveur, quel facteur cela a justement sur la consanguinité. Dans notre pays, où l'importation de chiens est aisée pour les éleveurs, cela doit permettre un meilleur brassage génétique.
4. Le doute: l'élevage n'est pas une science exacte. Elle tend bien à produire des chiens qui cadrent avec le standard de la race (qui n'est pas rédigé en vue d'obtenir des mutants tous droit sorti d'un film d'horreur, comme semble nous le faire croire ce reportage, mais de définir les principales caractéristiques de la race). Le problème vient de l'interprétation que certains clubs de race peuvent faire de ce standard, interprétation qui est parfois à des kilomètres du standard. Il serait révoltant qu'un chien qui ne corresponde pas au standard soit euthanasié! Il fera le bonheur d'une famille, qui cherche un compagnon, et pas un reproducteur! Les standards n'ont pas pour but d'éliminer les chiens qui n'entrent pas dedans, ni de faire des bêtes de show, mais de sélectionner les futurs reproducteurs apte à perpétuer la race, telle que décrite. Le problème vient peut-être du fait que les juges qui doivent sélectionner un chien sont très souvent aussi ceux qui officient dans les expositions canines... cherchez l'erreur.
Je suis éleveur, on l'aura deviné. Je me bats d'un côté pour défendre ce pedigree, tout en devant me battre contre ceux, dans les clubs de race, qui n'ont comme seuls arguments pour vous pondre un règlement supplémentaire, accroissant encore plus la sélection dans la race, que "c'est pour le bien du chien". Je demande à voir.