Bonsoir, j'ai 20 ans, je suis étudiant, ai terminé mon ER et souhaiterait exposer (sans prétention aucune) un peu mes avis ainsi qu'un certain nombre de questions, particulièrement aux personnes opposées au système de l'arme à la maison. Je n'ai pas de point de vue particulièrement arrêté sur la question mais quelques interrogations.
Premièrement, il me semble nécessaire de fixer le problème. On parle des problèmes de sécurité potentiels liés à la présence d'armes militaires à domicile. Il existe, selon moi, deux types de problèmes :
• Le crime prémédité, réfléchi
• L'acte impulsif, le "coup de folie"
Et ces deux problèmes sont bien différents. Le premier est certainement le moins mis en avant, et pour cause: il semble relativement clair que puisque le fusil se trouve maintenant au domicile sans munition, un acte réfléchi demandera un effort relativement conséquent. Dans ce cas, on n'est plus dans le problème du fusil à la maison, mais bien d'un crime prémédité, et d'autres méthodes pourraient aisément remplacer l'arme militaire. On pourrait penser que, malgré tout, il est plus facile de se procurer une (des) balle(s) pour son fusil déjà présent qu'une nouvelle arme, ou que de préparer son acte en impliquant un couteau à la place de l'arme à feu. Mais dans le cas d'un acte réfléchi, une personne ayant été formée correctement au maniement d'une arme ne trouvera pas forcément cela vrai. Je serais curieux de connaitre l'avis d'autres miliciens, mais dans mon idée, il faut un sacré sang froid pour prendre son fusil, le charger, effectuer un mouvement de charge, retirer la sécurité, pointer la cible et tirer, dans le but évident de blesser ou tuer une personne. Ce sont des gestes qui peuvent paraitre simples pour un non-initié, mais qui ont à mon avis un certain poids pour une personne bien formée. Je pense qu'une personne prête à faire tout cela de sang froid peut se procurer les moyens d'arriver à ses fins sans trop de problèmes. Arme à la maison, ou non.
Le second cas est un peu différent, on agit rapidement, de manière impulsive et peut-être même irrationnelle ou incontrôlée. Peut-être alors qu'effectivement, l'usage d'une arme à feu (à supposer que les munitions soient à portée) sera peut-être plus facile que l'utilisation d'un couteau de cuisine. Mais à propos de ce cas précis, les munitions ont déjà été retirées des domiciles. Ainsi on ne trouve plus un fusil "prêt à l'emploi" au domicile, mais une arme sans munitions qui est définitivement moins dangereuse qu'un couteau.
Une question ici serait :
>Combien de cas de ce genre ont-ils été observé depuis que les munitions ont effectivement été retirées des foyers ?
Finalement, si les munitions ne sont plus à la maison, même un enfant pourra se retrouver confronté à un fusil d'assaut sans risques.
On pourrait penser à autre chose: la personne en question conserve son arme à la maison et a volé des munitions à l'armée, sans arrière pensée, "pour le fun" (cela peut arriver, je ne le nie pas). Mais quelle est la probabilité pour que la personne qui a un jour décidé de ramener une balle soit en plus une personne à risque qui a, par ailleurs, passé avec succès les tests de l'armée à ce propos et donc un fusil à la maison ? Pour encore plus de sécurité, on pourrait chercher des solutions au niveau de l'armée, en insistant pour que les officiers soient en permanence très stricts en ce qui concerne d'éventuels vols de munitions (par vols de munitions, je parle d'une très faible quantité de balles: une ou deux, mais très difficilement plus vus les contrôles). Mais dans la plupart des cas, le temps passé en stand est pris très au sérieux par les officiers.
Ou encore au niveau des stands "civils", lors des tirs obligatoires: on pourrait vérifier un peu plus que les balles aient toutes bel et bien été tirées.
L'armée fait également des efforts pour les contrôles: le documentaire démontre que des projets visant à permettre un contrôle des antécédents judiciaires des nouvelles recrues sont à l'ordre du jour, ce qui devrait potentiellement encore limiter les problèmes.
>Au final, ranger les armes à l'arsenal n'est-il pas un peu disproportionné ?
Il existe clairement d'autres solutions permettant de réduire les risques, et à des coûts nettement moindres.
Et dans ce domaine, la prévention est à mon avis très efficace: il ne faut pas toujours dramatiser la situation des jeunes face aux jeux vidéos. Un jeune jouant à un jeu de voitures pourrait banaliser la conduite, et pourtant, malgré l'évolution des jeux vidéos, il semble que la prévention dans ce domaine ait vraiment porté ses fruits. Bien éduqué, un jeune saura faire la différence entre une arme réelle et son jeu vidéo.
Quels seraient les coûts d'une installation permettant de conserver toutes les armes des miliciens suisses à l'arsenal ?
Il est clair que cela demanderait de nouvelles infrastructures: on garde actuellement des armes en caserne, certes, mais ce sont les armes des militaires en ER et donc actif. Il n'y a pas forcément la place pour toutes les armes actuellement aux domiciles des miliciens.
>En dehors des coûts, l'organisation même d'un tel système n'est-elle pas disproportionnée ?
Durant l'Ecole de Recrues, les armes sont gardées en Caserne. Chaque militaire a sa propre section, et son fusil est rangé dans la chambre d'armes attribuée à sa section. Toute la section finit et reprend le service en même temps en ce qui concerne les week-ends. Question organisation, tout cela se passe très bien.
Mais que ferait-on après, avec les armes à l'arsenal ? Premièrement cela demanderait des infrastructures sécurisées (on parle de conserver un grand nombre d'armes en un même lieu). A chaque cours de répétition, le soldat devrait aller chercher son arme à l'arsenal. La personne gérant les fusils devrait alors recevoir le militaire, chercher l'endroit où serait entreposé le fusil, aller le chercher, et la donner au militaire. Un certain nombre de papiers devraient être vérifiés et signés, c'est certain. Tout cela devrait être fait pour chaque militaire individuellement. Effectivement, une section ne reste pas liée après l'école de Recrues. Les soldats ne font pas tous le même cours de répétition en même temps. Donc on ne pourrait pas traiter le stockage/destockage des fusils pour une section entière, mais bien individuellement. Même procédure pour chaque session de tirs obligatoires.
Et tout cela devrait être géré pour la totalité des miliciens suisses (des centaines de milliers) !
• Est-ce vraiment une solution envisageable et rationnelle ?
• Est-ce que le problème que l'on tente de combattre est abordé du bon côté ? Ne devrions-nous pas plutôt nous concentrer sur la prévention et sur les personnes à risques plutôt que sur les armes elles-mêmes ?
• Vus les changements récents concernant ce problème (retrait des munitions de guerre, futur accès aux antécédents judiciaires par l'armée, etc), ne devrions-nous pas attendre de voir l'évolution du problème avant d'aborder une si grosse procédure ?
• Puisque nous ne connaissons pas vraiment l'effet des dernières mesures prises en réponse aux problèmes liés à ces armes, ne devrions-nous pas plus nous concentrer sur d'autres problèmes bien plus présents actuellement ?
Je me trompe peut-être, mais il y a à mon avis d'autres choses à penser qu'un "simple" combat entre un symbole de confiance et une idéologie pacifiste.
J'espère me faire comprendre un minimum et obtenir quelques réponses à mes idées...
Cordialement,
Freelancer