Très bon documentaire, rigoureux et émouvant, bravo et merci à leurs auteurs!
Comme l'a suggéré le professeur Nicoulin, depuis que la Suisse est prospère, soit depuis l'après-guerre, les Suisses ont oublié, voire refoulé, leur passé de petit pays pauvre. Nous avons négligé la 5ème Suisse, sauf lorsqu'il s'agit de parler de Suisses de l'étranger "ayant réussi". Le Suisse de l'étranger idéal pour M. Blocher et ses nervis est certainement riche, très républicain et étatsunien bon teint. Sauf que la solidarité, cela ne se divise pas, chers compatriotes.
A-t-on oublié que la Suisse a donné un grand président guatémaltèque, Jacobo Arbenz, scandaleusement destitué en 1954 par la politique du "big stick" de l'oncle Sam? Cet homme d'honneur devrait être cité en exemple! Et José Patricio Guggiari, président du Paraguay entre 1928 et 1932, qui ne fut pas le moins mauvais des présidents paraguayens? Et Moïse Bertoni, un Tessinois biologiste, botaniste et anarchiste parti lui aussi au Paraguay? Et tant d'autres, anonymes ou non - la liste est longue -, dont des descendants d'amish et de mennonites - un merci éternel à leur exemple de pacifisme! Femmes et hommes partis avec peu, si ce n'est l'espoir chevillé au coeur.
Nous n'avons rien appris. Nous n'apprenons rien. Nous n'apprendrons décidément jamais rien.
Quant à nos gouvernants, ils me font honte. A notre droite, ceux qui claironnent un nationalisme étroit et xénophobe au nom d'une nation alpine idéalisée et dévoyée. A notre gauche, l'oubli voire le mépris, pire!, pour la patrie rangée dans les poubelles de l'histoire. Mais Jean Jaurès disait que les pauvres n'ont souvent que la patrie, justement.
Ces personnes, individus ou familles, parties outre-Atlantique ou ailleurs, sont une part de notre histoire, de ces Suisses d'au-delà des mers: un long roman traversé de souffle et de sueur, le tout enrobé de nostalgie sépia; mon coeur se serre. Les refuser comme citoyens suisses, c'est leur manquer d'égard: pire qu'une erreur, c'est une faute et une insulte. Je suis solidaire de tous "ces bâtards", car nous en sommes tous, car j'en suis. Je me sens blessé. Non seulement parce que je sais leur histoire et parce que je me souviens de ceux des miens qui n'ont pas été reconnus comme des Suisses à part entière, mais aussi parce que je crois en la dignité de mon prochain, étranger ou non, Suisse de l'étranger ou non, qu'importe.
Thibaut, en colère, qui vous écris de très loin