@Nicolas-Hourcade- J?ai posé la même question que Sandr75 à certains ultras. Pourquoi ne pas mettre de côté la violence et se concentrer sur le soutien au club (soutien qui peut aussi être parfois critique), sur la critique de certaines évolutions du football et la promotion d?une culture festive du supportérisme? ? La réponse a souvent été la même. Sans violence, les ultras perdraient toute radicalité, tout esprit critique, toute capacité à se faire respecter. En substance, les ultras interrogés disaient qu?ils pouvaient limiter la violence mais pas la rejeter. Il me semble pourtant qu?on peut faire preuve d?esprit critique et qu?on peut être respecté sans faire usage de la violence. C?est pourquoi, dans mes messages d?hier soir, je regrettais que certains ultras n?osent pas remettre en question la dimension violente de leur expérience.
Bonsoir, je suis depuis de nombreuses années un Ultra d?un club du sud de la France et résidant depuis peu à Zürich. J'aimerai apporter un point de vu ultra sur tout ce qui a été dit.
Tout d?abord, j?aimerai préciser qu?un ultra n?est pas un hooligan et que les hooligans qui se réclament du mouvement ultra ne font que nous pourrir la vie.
POUR LE GRAND PUBLIC
Vous n?avez absolument pas d?inquiétude à avoir en ce qui concerne votre sécurité personnelle au stade lors de l?Euro. Les places de stades ayant été très limitées et plutôt chères, on ne peut pas imaginer que des groupes de hooligans aient pu obtenir des billets en nombre suffisant pour pouvoir s?afficher en tant que groupe, ni même perturber les matchs sans être interceptés avant même de commettre la moindre incartade.
Le simple mot hooligan fait peur, mais vous n?en verrez pas à l?intérieur du stade.
Les hooligans cherchent à se mesurer aux hooligans des clubs adverses. Le hooliganisme, c?est une question d?alcool, de gloire pour son groupe et d?adrénaline avant un combat. Si des groupes de hooligans décident de s?affronter durant l?Euro, ce sera dans des endroits isolés (en forêt, sur une aire d?autoroute peu fréquentée, etc.). En tous cas, loin des forces de l?ordre.
Evidemment, il n?y a aucune gloire à s?attaquer à un spectateur ou supporter ?normal? et en aucun cas ne serait-il accepté, par les groupes hooligans eux-mêmes, que quiconque n?ose embêter un enfant.
Enfin, la façon la plus évidente de ne pas être pris à parti dans un stade de foot, c?est de ne pas faire des doigts d?honneurs ou d?insulter d?autres personnes. Ca semble bête à dire, pourtant des gens aucunement affiliés à des groupes ultras se laissent souvent aller à ce genre de provocations.
QUI SONT LES VERITABLES ULTRAS ?
J?aimerai féliciter l?équipe de ?Temps Présent? pour la qualité de ses documentaires en règle générale et pour avoir tenté de rester neutre sur la question des ultras. Malheureusement, votre documentaire ne dépeint pas la réalité du mouvement ultra. C?est pour cela que les ultras ont tendance à se méfier de caméras toujours à l?affût d?une insulte ou d?une bagarre ; images ensuite utilisées par la Police pour une répression que nous jugeons abusive.
Je m?explique.
Qui avez-vous interviewés ? Les pires des pires ! La fameuse Kreis 4 du FCZ et les véritables fascistes de la Lazio Roma ! Evidemment, l?on comprend que vous alliez là où c?est le plus chaud pour tenter de comprendre. Ces ultras vous ont répondus selon la vision de leur groupe, mais ne peuvent en aucun cas être considérés comme représentatifs du mouvement ultra en règle générale. C?est comme d?aller interviewé l?armée serbe du temps de Milosevic pour comprendre ce qu?est le service militaire européen ! Et je pèse mes mots ; tous les groupes ultras ne sont pas pareils.
Je prends l?exemple de mon groupe, supporter d?un des clubs les plus titrés de France et jouant régulièrement en Europe. Nous sommes près de 300 supporters ultras, âgés de 15 à 35 ans, en moyenne. Notre passion commune est notre club de foot, sa tribune, la fierté de notre ville et de nos couleurs. Nous faisons d?immenses sacrifices pour suivre notre club partout où il joue et pousser nos joueurs vers la victoire. Nous sommes les seuls à mettre de l?ambiance dans notre stade, à débuter les chants et à galvaniser notre tribune. Nous organisons des tifos (ou choréos) pour que notre tribune soit belle et festive. Nous sommes indépendants de tout pouvoir extérieur.
Pourquoi indépendants ? Car si nous supportons notre club de toute notre énergie, nous devons être en mesure également de critiquer, le cas échéant, les personnes qui nuisent au club. Par exemple, si nous jugeons que le président du club fait un travail exécrable et dangereux pour l?avenir, nous devons être capables de mener des actions (banderoles, chants, tracts) pour que les choses changent. Impossible de critiquer les instances supérieures du club si nous acceptons des aides financières de leur part.
Les deux paragraphes ci-dessus résument la base commune à tous les ultras.
A cela s?ajoute une vérité exprimée dans le sujet de Temps Présent : Si l?un des membres d?un groupe ultra est attaqué, qu?il ait raison ou tort, la solidarité est immédiate et tous les autres membres de son groupe iront le défendre, comme si c?était un membre de notre famille. Ainsi, même un groupe avec une mentalité 100% non-violente comme le nôtre a pu se retrouver dans des bagarres, simplement parce que nous avons été attaqués par un autre groupe. J?ai 26 ans. Si je vois qu?un gamin de 15 ans appartenant à mon groupe est en passe de se faire frapper par un adulte baraqué, c?est évident que je n?attendrai pas qu?il se soit fait démolir pour intervenir.
Aussi, nous sommes assez d?anciens pour former les jeunes arrivants dans notre groupe et assoiffés d?action, d?émotions et d?existence. Nous leur faisons comprendre notre mentalité anti-violente, anti-raciste, etc. C?est facile de former un ado qui veut intégrer son groupe : dés qu?il fait quelque chose qui n?est pas convenable, on lui parle seul à seul et on lui explique que cela ne fait pas partie de la mentalité de notre groupe. C?est suffisant.
Le problème est qu?il suffit qu?une seule personne avec une écharpe d?un groupe A aille insulter ou attaquer un groupe B, pour créer instantanément un précédent et une nouvelle rivalité avec un potentiel de violence. Lorsque vous avez un groupe de 300 personnes, c?est relativement facile de contenir tout le monde, mais ça l?est beaucoup moins pour un groupe de 2000 ou 3000 personnes où l?on trouve des sous-groupes avec des agendas particuliers.
Ainsi, certains groupes ultra (une minorité) se sont laissés aller à de l?extrémisme politique ou ont été trop ouverts à des personnes à tendance hooligan. Ceci est un grave problème.
Malheureusement, beaucoup de dirigeants de groupes ultras ne savent pas (parfois ne veulent pas) exclure les personnes de leur groupe qui entrent dans des mentalités violentes et donc hooligans.
Enfin, il faut savoir qu?une IDS (Interdiction de Stade) ne représente rien pour un hooligan qui de toutes façons n?est intéressé que par les combats périphériques au foot, alors que c?est une petite mort pour un véritable ultra qui est un passionné.
DES FORCES DE L?ORDRE MAL FORMES
Si les forces de l?ordre prenaient tout ceci en considération, ils auraient une bien meilleure capacité à encadrer les vrais ultras et à stopper le hooliganisme.
Malheureusement, lorsque nous alertons la police sur un risque potentiel, par exemple le fait que des membres de groupes adverses se sont infiltrés dans notre tribune, ils se contentent de dire :
« Nous n?allons pas embêter des gens qui n?ont encore rien faits ; Mais si jamais ça part, nous procéderons à des arrestations. »
Evidemment, ça ne manque pas. Si le match est un peu chaud, il y aura toujours un gars qui a trop bu pour échanger des insultes avec les supporters adverses et le risque de violence est immédiat.
L?on voit souvent des jeunes policiers, échauffés car humains eux aussi, qui ne savent pas réagir calmement à des situations sans risque. Par exemple, s?ils doivent intervenir pour l?utilisation festive d?un fumigène, ils peuvent le faire sans utiliser leurs matraques, casser des bras ou traîner des filles au sol par les cheveux.
Il faut savoir que si nous n?aimons pas la Police des stades, le sentiment est parfaitement réciproque et les coups de matraques de la Police partent extrêmement vites, trop souvent sur des adolescents ou des filles.
Pour les anciens comme moi qui tentent de contenir l?exubérance de notre tribune et qui savons repérer les situations à risques de par notre expérience, nous ne trouvons pas de coopération auprès de la Police, uniquement de la répression à notre encontre. On croirait parfois qu?ils s?amusent à jeter de l?huile sur le feu.
En conclusion, ne vous trompez pas d?ennemis. Les véritables ultras ne cherchent pas à se battre ; ce sont simplement ceux qui animent vos tribunes et gardent le football festif et populaire. Les hooligans et les ?ultras? devenus hooligans (dits casuals) viendront rarement chanter en tribune ou aider à organiser des tifos pour le club ; ce sont des adeptes de la violence qui viennent au stade avant tout dans l?espérance d?une confrontation violente avec les groupes des clubs adverses.