Intervention Le 15 mai 2008 à 1:42
Je suis actionnaire majoritaire d'une importante multinationale, elle même actionnaire dans des caisses de pension, des caisses de maladies, et bien sûr des entreprises de travail temporaires (mon épouse dirige d'ailleurs l'une d'entre elles).
Je souhaite défendre activement la précarité, dans la mesure ou elle n'implique pas seulement la flexibilité, mais aussi d'énormes économies en terme d'avantages sociaux d'une autre époque:
- un précaire a de grandes franchises sur ses assurances maladies pour en diminuer les coûts, et ce faisant ne se fait plus soigner. De même, il ne coûe rien en remboursements de soins dentaires. En cas de non paiment (fréquent) des primes, l'OCC les compense automatiquement aux caisses maladies, ce qui permet de transférer les risques d'impayés sur le secteur public.
- un précaire est forcément soumis un stress intense et régulier, qui, cumulé aux manques de soins précités, provoquera son décès entre 3 et 8 ans plus tôt que l'espèrance moyenne de vie suisse. Je vous laisse calculer les économies réalisées par les caisses de retraite et autres fonds de pensions sur 300.000 décès anticipés! Si vous intégrez les paramètres "pénibilité des travaux" et "alcoolisme et tabagisme liés au stress", l'économie peut porter sur 10 à 15 ans de vie improductive, pouvant même faire économiser au système plusieurs mois d'allocations de chômage et/ou d'aide sociales, profitant pour le coup autant aux finances publiques qu'aux finances privées.
- un précaire est un atout pour l'écologie: ni voyages, ni voitures en font un écologiste de fait, permettant à des gens normaux de continuer à soutenir les marchés automobiles, pétroliers et touristiques (dont le fond de pension de mon entreprise est largement actionnaire).
- un précaire peut être actif 10 ans dans la même entreprise sans toucher la moindre augmentation liée à l'ancienneté, par exemple. De même, il peut être payé 2 fois moins en interim que sous contrat soumis aux conventions collectives, ne touchera aucun des avantages liés à l'entreprise (chèques REKA ou actions gratuites par exemple...)
- un précaire étant toujours aux abois financièrement parlant, il ne pourra prendre ses vacances que si celà arrange l'entreprise, pour peu qu'il en ait les moyens...
- un précaire étant toujours à l'essai, ne sera d'office jamais "à l'assurance", sachant très bien que celà entrainerait une "fin de mission" instantanée. Il sera toujours docile et soumis, ne se risquant jamais à se syndiquer, par exemple...
- un précaire est aussi une aubaine pour le marché immobilier: s'entassant parfois à plusieurs dans une seule pièce, ils laissent autant d'opportunités au marché immobilier (dont le fond de pension de la banque dont mon entreprise est actionnaire détient une importante partie du parc) de se mettre en affaires avec les multimilliardaires du monde entier. Il permet du même coup de louer les appartements insalubres refusés par la Faréas, du moins dans l'attente de leur démolition.
Bref, c'est la précarité qui permettra aux swiss index de perreniser dans le monde entier le savoir-faire financier et économique de notre beau pays, et de rétribuer à leur juste mérite tous mes amis tops managers et actionnaires, rendant enfin le monde du travail un peu plus moral.
Ce que je n'arrive pas à m'expliquer (et mes amis du Country-Club non plus), c'est que la totalité des emplois ne soient pas encore des emplois précaires, intérimaires ou temporaires, et que tant d'entreprises et administrations continuent à jeter l'argent des actionnaires par les fenêtres impunément. Nous travaillons à une loi rendant oligatoire la précarité pour la totalité des emplois en Suisse, et j'ai à cet effet fait un stock impressionant d'actions Adecco et Manpower, bien que M. Lavanchy, avec qui je jouais au golf encore hier, se fasse tirer l'oreille pour me céder ses parts.
Parallèlement, je tiens à vous rassurer, nous allons prendre des mesures sociales pour mettre à la disposition de tous ces "précaires" (en Inde, on dit "intouchables") des logement qu'ils puissent ne louer que pendant les périodes ou ils travaillent, à la journée ou à la semaine, voir à la demi-journée pour les précaires à mi-temps.
Mon épouse, membre bienfaitrice de "terre des hommes", a même soulevé l'idée de construire sur l'ensemble du pays une centaine de nouveaux centres d'accueils dotés de 3000 cabines-lits à jetons chacun (à l'image des toilettes dans les gares). Un précaire ayant travaillé 12 heures d'affilée n'aurait de ce fait besoin que de 12 heures de cabine-lit par jour, les jetons valables 1 heure lui étant directement versés pour partie du salaire à hauteur d'1 jeton par heure de travail. Bref, ce n'est qu'un projet humanitaire de plus, mon épouse a un coeur en or, ce qui finira par la perdre.
J'espère de nombreuses réactions de soutien de votre part, afin de pouvoir préparer toutes ces lois que je prévois de mettre au référendum (ne vous inquiétez pas: le précaire, "dégouté par le système", ne se déplace jamais pour voter, ce qui fait qu'avec un peu de mauvais temps et une bonne concertation, nous remporterons notre référendum avec 54% des votes environ (nous le programmerons pendant la prochaine coupe du monde de football et en plein hiver). Il est de plus prévu qu'avec les baux à loyers précaires, un précaire ne puisse juridiquement plus être inscrit sur les liste électorales, n'ayant plus d'adresse fixe ou recevoir le matériel de vote...
Courage. Le bon sens et la justice sont en marche !
Je souhaite défendre activement la précarité, dans la mesure ou elle n'implique pas seulement la flexibilité, mais aussi d'énormes économies en terme d'avantages sociaux d'une autre époque:
- un précaire a de grandes franchises sur ses assurances maladies pour en diminuer les coûts, et ce faisant ne se fait plus soigner. De même, il ne coûe rien en remboursements de soins dentaires. En cas de non paiment (fréquent) des primes, l'OCC les compense automatiquement aux caisses maladies, ce qui permet de transférer les risques d'impayés sur le secteur public.
- un précaire est forcément soumis un stress intense et régulier, qui, cumulé aux manques de soins précités, provoquera son décès entre 3 et 8 ans plus tôt que l'espèrance moyenne de vie suisse. Je vous laisse calculer les économies réalisées par les caisses de retraite et autres fonds de pensions sur 300.000 décès anticipés! Si vous intégrez les paramètres "pénibilité des travaux" et "alcoolisme et tabagisme liés au stress", l'économie peut porter sur 10 à 15 ans de vie improductive, pouvant même faire économiser au système plusieurs mois d'allocations de chômage et/ou d'aide sociales, profitant pour le coup autant aux finances publiques qu'aux finances privées.
- un précaire est un atout pour l'écologie: ni voyages, ni voitures en font un écologiste de fait, permettant à des gens normaux de continuer à soutenir les marchés automobiles, pétroliers et touristiques (dont le fond de pension de mon entreprise est largement actionnaire).
- un précaire peut être actif 10 ans dans la même entreprise sans toucher la moindre augmentation liée à l'ancienneté, par exemple. De même, il peut être payé 2 fois moins en interim que sous contrat soumis aux conventions collectives, ne touchera aucun des avantages liés à l'entreprise (chèques REKA ou actions gratuites par exemple...)
- un précaire étant toujours aux abois financièrement parlant, il ne pourra prendre ses vacances que si celà arrange l'entreprise, pour peu qu'il en ait les moyens...
- un précaire étant toujours à l'essai, ne sera d'office jamais "à l'assurance", sachant très bien que celà entrainerait une "fin de mission" instantanée. Il sera toujours docile et soumis, ne se risquant jamais à se syndiquer, par exemple...
- un précaire est aussi une aubaine pour le marché immobilier: s'entassant parfois à plusieurs dans une seule pièce, ils laissent autant d'opportunités au marché immobilier (dont le fond de pension de la banque dont mon entreprise est actionnaire détient une importante partie du parc) de se mettre en affaires avec les multimilliardaires du monde entier. Il permet du même coup de louer les appartements insalubres refusés par la Faréas, du moins dans l'attente de leur démolition.
Bref, c'est la précarité qui permettra aux swiss index de perreniser dans le monde entier le savoir-faire financier et économique de notre beau pays, et de rétribuer à leur juste mérite tous mes amis tops managers et actionnaires, rendant enfin le monde du travail un peu plus moral.
Ce que je n'arrive pas à m'expliquer (et mes amis du Country-Club non plus), c'est que la totalité des emplois ne soient pas encore des emplois précaires, intérimaires ou temporaires, et que tant d'entreprises et administrations continuent à jeter l'argent des actionnaires par les fenêtres impunément. Nous travaillons à une loi rendant oligatoire la précarité pour la totalité des emplois en Suisse, et j'ai à cet effet fait un stock impressionant d'actions Adecco et Manpower, bien que M. Lavanchy, avec qui je jouais au golf encore hier, se fasse tirer l'oreille pour me céder ses parts.
Parallèlement, je tiens à vous rassurer, nous allons prendre des mesures sociales pour mettre à la disposition de tous ces "précaires" (en Inde, on dit "intouchables") des logement qu'ils puissent ne louer que pendant les périodes ou ils travaillent, à la journée ou à la semaine, voir à la demi-journée pour les précaires à mi-temps.
Mon épouse, membre bienfaitrice de "terre des hommes", a même soulevé l'idée de construire sur l'ensemble du pays une centaine de nouveaux centres d'accueils dotés de 3000 cabines-lits à jetons chacun (à l'image des toilettes dans les gares). Un précaire ayant travaillé 12 heures d'affilée n'aurait de ce fait besoin que de 12 heures de cabine-lit par jour, les jetons valables 1 heure lui étant directement versés pour partie du salaire à hauteur d'1 jeton par heure de travail. Bref, ce n'est qu'un projet humanitaire de plus, mon épouse a un coeur en or, ce qui finira par la perdre.
J'espère de nombreuses réactions de soutien de votre part, afin de pouvoir préparer toutes ces lois que je prévois de mettre au référendum (ne vous inquiétez pas: le précaire, "dégouté par le système", ne se déplace jamais pour voter, ce qui fait qu'avec un peu de mauvais temps et une bonne concertation, nous remporterons notre référendum avec 54% des votes environ (nous le programmerons pendant la prochaine coupe du monde de football et en plein hiver). Il est de plus prévu qu'avec les baux à loyers précaires, un précaire ne puisse juridiquement plus être inscrit sur les liste électorales, n'ayant plus d'adresse fixe ou recevoir le matériel de vote...
Courage. Le bon sens et la justice sont en marche !