Bonjour,
Merci pour la réalisation conséquente de ce reportage que je viens de visionner sur internet. J'ai été très réceptif et touché par le sujet traité, et se d'autant plus du fait que j'évolue à travers ma carrière sportive aux côtés de plusieurs protagonistes de votre reportage.
M. Morath vous avez su rester très fidèle aux personnages suivis (du moins pour ceux dont je peux juger) se qui n'est pas l'apanage de tous les journalistes, particulièrement dans le domaine du sport ou les faits sont souvent déformés pour être servis au public de manière plus attrayante.
J'ai été sensible aux remarques du Dr. Mahler et admiratif de la position et la lucidité des Lamons, exemple d'autant plus crédible que Sophie vient de se qualifier pour les JO de Pékin dans des circonstances exceptionnelles.
Le côté néfaste du surinvestissement du parent dans la carrière sportive de son enfant a été largement traité dans ce reportage et justifié à de nombreux égards. Mais de mon point de vue et en fonction de ma trajectoire personnelle, ce reportage m'invite à m'interroger sur l'existence éventuelle des biens faits de l'encadrement familial sur la progression du jeune sportif. C'est à ce titre que je souhaite intervenir sur ce forum.
J'aimerais revenir sur les arguments évoqués par "Verbier 6391" qui évoque l'absence d'un encadrement efficace, et le manque de tact (ou/et manque de professionnalisme devrais-je dire) répété des entraîneurs. Il est fréquent alors que les parents reprennent le flambeau, ou alors, si ceux-ci ne sont pas concrètement impliqués dans la carrière de leur enfant, que celui-ci, soit abandonne tout simplement, soit par force de caractère organise son propre microcosme pour travailler, et ce au mieux des possibilités qui lui sont offertes et de ses contacts, se qui fut mon cas il y a quelques années.
Il y a à l'évidence un manque d'engagement de l'Etat en Suisse dans le développement d'un sport uniforme et soudé, dans l'encouragement à la participation à un réel esprit d'équipe et d'une unité de la nation autour du sport (choses que je n'ai ressenties qu'occasionnellement lors des Universiades (JO universitaires) ainsi qu'à l'école de recrues où j'étais incorporé comme sportif d'élite et respecté pour cela, relevons ce côté positif de l'armée). Ce manque d'engagement fait des ravages dans le sport de compétition et cause la perte de nombreux sportifs suisses talentueux. De ce point de vue là nous avons ici des 10aines d'années de retard sur les pays qui nous entourent ainsi que les USA et de nombreux pays de l'EST. Il ne faut pas négliger l'apport considérable que peut avoir le sport dans l'épanouissement, le rassemblement et l'intégration sociale d'une jeunesse toujours plus hétéroclite.
Les causes principales en sont probablement;
premièrement la non acceptation par les suisses du sport de compétition comme un métier en soit, comme une possibilité réelle de s'accomplir, mais bien plutôt comme un hobby qui ne devrait être que le complément d'études conséquentes;
deuxièmement le fait que de nombreuses fédérations sportives en Suisse fonctionnent sur le principe du bénévolat, système presque toujours dépassé quand il s'agit d'encadrer concrètement de nouveaux sportifs d'élite potentiels. Dès lors l'encadrement familial étroit devrait à mon sens prendre toute son importance et sa raison d'être. Reste l'obstacle infranchissable de "l'émotionnel" invoqué à juste titre par l'entraîneur de Timea.
Sans minimiser les comportements parentaux décrits dans ce reportage, pour certains déplacés, pour d'autre absolument intolérables, il me semble quand-même intéressant de répondre enfin à la question de Gustavo N°21 quant à savoir si le manque d'encadrement familial pourrait être néfaste à l'évolution du jeune sportif. Ici je parle de ma trajectoire personnelle et il me semble qu'être jeté dans le vide et n'avoir de compte à rendre qu'a soit même, être auteur de son propre programme, n'est pas une bonne chose en soit. J'estime avoir perdu beaucoup de temps dans ma progression par le simple manque d'encadrement, qu'il soit familial ou autre (en se qui me concerne il ne pouvait être familial, mes parents n'étant pas spécialistes de mon sport). Un enfant construit la maison de sa vie avec les briques que ses parents lui donnent, un adulte avec ses propres outils. Mais ici c'est de l'adolescent dont on parle, et celui-ci utilise tantôt ses armes, tantôt celles qu'on lui propose, et ne pas pouvoir aller chercher si nécessaire le soutien et la lucidité des ses parents, qu'ils soient entraîneurs ou pas, ne lui sera pas profitable.
Gardons alors à l'esprit également l'apport considérable que peut constituer un encadrement parental sain et équilibré pour un sportif d'élite "potentiel", une attitude bien décrite par Mme Lamon qui consiste à entourer son enfant dans la conséquence qu'impliquent les ambitions de ce dernier, mais qui implique aussi la retenue, la capacité de remise en question du parent, mais surtout le respect du choix de l'enfant. Adéquation possible mais qui a ses limites comme nous l'a montré cet excellent reportage.
Merci encore!
Fenciniu